Le périmètre des carburatrices
L'ivresse d'évoluer dans un mélange d'air et de combustibles
vendredi 1 juin 2012
Franz
Avec Franz, on avait déjà descendu une demi-douzaine de bouteilles de vin de l'intérieur des terres. On les avait flinguées en tirant sec sur les goulots. Au moment de l'addition, on avait essayé de fourrer notre langue dans la bouche de la patronne qui nous avait cuisiné un kilo d'escalopes de veau. Mais Franz était tombé sur moi et ensuite je me suis affalé sur le bois du sol. Et on est resté là. A rire par rasades. Ensuite on a fini par se lever car on avait besoin de sortir la chauve au col roulé pour humidifier la nuit et désodoriser le soir rempli de talons de multiples tailles qui claquaient sur le bitume. Pendant qu'on tirait sur nos braguettes en les prenant pour des trombones à coulisse, Franz aperçut de la lumière au fond d'une échoppe. On n'a pas eu besoin de se regarder sous les réverbères pour décider de s'y glisser. C'était une sacrée trappe à dégénérés. On s'est mis à parler italien et anglais. On toisait sec. On avait beau ne pas bouger et ne pas faire de bruit, on n'entendait rien bouger dans les culottes des bonshommes. Pourtant, deux jumelles jouaient les dresseuses de serpents. A croire que nous étions les seuls, Franz et moi, qui parlions au nom de l'empire des rampants. Et du côté des bois morts, au fond, ça s'est vite remarqué. Tout le monde voulait qu'on montre nos espèces tropicales. Mais nous, on voulait pas trop, les jumelles avait de grosses mains et avec le vin de l'intérieur des terres qui nous grimpait au cerveau comme un crotale, elles nous paraissaient géantes. Alors on a préféré se tirer. Dehors, la lune écrasait les nuages de lumière. On avait encore du temps avant l'aube.
jeudi 31 mai 2012
Au bout de la route
Au bout de la route
Les pieds dans la poussière
Les semelles faméliques
Le visage devient cet océan sans eau
Au bout de la route
Aucune portière n'est intacte
Les pneus dodelinent
On tient la roulotte du vendeur de petits bruits
Au bout de la route
Les visages disparaissent
Comme un agrume au fond d'un soda
Dans l'effervescence de nos silences
Au bout de la route
C'est peu
C'est clair
C'est espacé
Au bout de la route
La lumière vient d'en bas
Les champs sont des danseuses
Les perspectives se sédentarisent
Au bout de la route
On se couvre de sol
On ne sait plus si les jambes se démontent
On se berce de vent
Au bout de la route
On perçoit le fracas des machines
Au-delà des collines
De ceux qui bitument plus loin
Les pieds dans la poussière
Les semelles faméliques
Le visage devient cet océan sans eau
Au bout de la route
Aucune portière n'est intacte
Les pneus dodelinent
On tient la roulotte du vendeur de petits bruits
Au bout de la route
Les visages disparaissent
Comme un agrume au fond d'un soda
Dans l'effervescence de nos silences
Au bout de la route
C'est peu
C'est clair
C'est espacé
Au bout de la route
La lumière vient d'en bas
Les champs sont des danseuses
Les perspectives se sédentarisent
Au bout de la route
On se couvre de sol
On ne sait plus si les jambes se démontent
On se berce de vent
Au bout de la route
On perçoit le fracas des machines
Au-delà des collines
De ceux qui bitument plus loin
mercredi 30 mai 2012
Boucan
Il a dit buvons un coup
On a bu un coup
Et on n'a pas entendu
Frapper à la porte
C'était le livreur d'obus
On a bu un coup
Et on n'a pas entendu
Frapper à la porte
C'était le livreur d'obus
Le soir
La chaleur du soir montait
Comme la vapeur se répand
Dans les vastes demeures
Après les ablutions vespérales
Des maîtres de maison
Le soir
Grand seigneur
Montait dans les étages
Les nuages
Mordorés
Offraient des oreillers époustouflants
Creusés et burinés
Des visages gigantesques
S'y laissaient tomber
Comme on plante le nez au ciel
Comme la vapeur se répand
Dans les vastes demeures
Après les ablutions vespérales
Des maîtres de maison
Le soir
Grand seigneur
Montait dans les étages
Les nuages
Mordorés
Offraient des oreillers époustouflants
Creusés et burinés
Des visages gigantesques
S'y laissaient tomber
Comme on plante le nez au ciel
mercredi 23 mai 2012
Avec Luc et Marc
Au début
La joue chaude sur mon carrelage glacé
Je ne voulais rien
Luc et Marc avaient d'abord sonné
Ensuite ils enfoncèrent la porte
Et leurs bières légères éjaculèrent
Ils ont attrapé les restes de ma joie
La carcasse de mes rires
Les ombres de ma paix
Luc et Marc m'ont attiré dehors
Dans les éclats de cuillères tournantes
Comme on dégote une truite
Et puis on s'est effondré sur des sofas
Dans des odeurs arides de fin de parcours
Nos doigts marquaient l'air
Nous étions des chars de bois
Lourds et précaires
Tirés par nos yeux de sang
Jusqu'à ce que la voix, le parfum et la pose
En travers et fendant le sombre
Domptent nos élans
Nous haletions
Dans leurs paumes sucrées
Et nous les salions de nos joues moites
La joue chaude sur mon carrelage glacé
Je ne voulais rien
Luc et Marc avaient d'abord sonné
Ensuite ils enfoncèrent la porte
Et leurs bières légères éjaculèrent
Ils ont attrapé les restes de ma joie
La carcasse de mes rires
Les ombres de ma paix
Luc et Marc m'ont attiré dehors
Dans les éclats de cuillères tournantes
Comme on dégote une truite
Et puis on s'est effondré sur des sofas
Dans des odeurs arides de fin de parcours
Nos doigts marquaient l'air
Nous étions des chars de bois
Lourds et précaires
Tirés par nos yeux de sang
Jusqu'à ce que la voix, le parfum et la pose
En travers et fendant le sombre
Domptent nos élans
Nous haletions
Dans leurs paumes sucrées
Et nous les salions de nos joues moites
Le saut
Il s'est détaché de la vie
Comme on lâche une liane
Pour s'écraser dans l'eau
D'une rivière habitée
D'une peuplade discrète
samedi 19 mai 2012
Foule
Parmi les fumigènes, les cordes et le métal
Leurs âmes jumelles
Chinoisaient
Au lieu de courir l'une vers l'autre
Comme des dératées
Et choisir la vie
Dans les délices de ses abysses
Leurs âmes jumelles
Chinoisaient
Au lieu de courir l'une vers l'autre
Comme des dératées
Et choisir la vie
Dans les délices de ses abysses
Voie rapide
De manière progressive
La vie ressemble
A un blaireau raide
Percuté et couché sur le côté
Au bord d'une voie rapide
Mitée de nids de poule
La vie ressemble
A un blaireau raide
Percuté et couché sur le côté
Au bord d'une voie rapide
Mitée de nids de poule
mercredi 16 mai 2012
Convoitises
Les cadres en moteurs d'appoint pour robotique de pointe
Sortirent simultanément
De leur mallette de tissu synthétique
Une brique de jus de mangue velouté
Présentant un taux minimal de conservateurs
En vue de son écrasement en bout de piste
La journée avait déjà passablement pris son élan
Sa marque dans le sable suscitait déjà les convoitises
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